Au Togo, halte à la surcharge en matière de sécurité routière

Pour nos déplacements, nous usons de divers moyens : trains, avions, bateaux, voitures, motos et autres. A Lomé, la capitale du Togo, nos moyens privilégiés sont la voiture, le bus et la moto  (taxi, taxi-moto ou zémidjan et privés). Depuis quelques années, nous assistons à un phénomène particulièrement récurrent contre lequel l’Etat ne cesse de lutter : la surcharge.

Les faits

Quand je dis « prendre en 43 » ou «  en sandwich », je pense bien que cela ne vous évoque rien. A Lomé, cela signifie :

  • Prendre en 43 : pour une voiture initialement prévue pour 4 personnes voire 5 c’est-à-dire 2 personnes devant et 3 derrière, il n’est pas rare à Lomé de trouver 3 personnes devant et 4 derrière.
  • Prendre en sandwich : pour une moto, prévue pour 2 personnes on peut apercevoir 3 voire 4 personnes dessus.

Ce phénomène de 43, est apparu à Lomé au début des années 2000, lorsque certains quartiers périphériques n’étant pas encore desservis par les routes bitumées ou les pavés, étaient difficiles d’accès. A cause des nids de poule et de la poussière en saison sèche, à cause de la boue et des fondrières en saison pluvieuse, un nombre restreint de taxis s’aventuraient dans ces quartiers.

Il était difficile aux habitants de ces quartiers de trouver un moyen de déplacement approprié. Et lorsqu’on est contraint d’honorer ses engagements professionnels, au lieu de faire la fine bouche, certains sont obligés de se faire sandwicher ou prendre en 43.

La surcharge ne s’adresse malheureusement pas qu’aux personnes. Certains bus et transports en commun font aussi de la surcharge de marchandises.

Les raisons

Intriguée par cette habitude, entre temps disparue et qui est revenue de plus belle, j’ai interrogé un taximan M. Gérard. Il est propriétaire de son taxi et se retrouve sur le trajet Adidogomé (quartier périphérique de Lomé)-Assiganmé[1]. « Avec l’apparition de Sotral[2], nous n’arrivons plus à avoir le bon quota de clients. La hausse fréquente du prix des carburants et le racket incessant des forces de l’ordre nous obligent à adopter cette habitude. » Il ajoute ensuite  « Nous avons aussi des taxes à payer à la mairie et aux syndicats. Tous ces frais sont de véritables manques à gagner. Qu’y pouvons-nous ? », conclue-t-il sur un air dépité.

Les conséquences

Cela rentre peu à peu dans les habitudes, parce que moi-même j’en ai été victime. Pour anecdote : il était un peu tard à la sortie de travail, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver un taxi. Au milieu du trajet, voilà le taximan qui me dit : « Tantie, poussez-vous un peu, je vais prendre ce client. Le monsieur derrière, va descendre tout à l’heure et vous serez bientôt à l’aise ». J’ai fait mes gros yeux et sermonné un peu le chauffeur de taxi. Et le pire, la dame prise en 43, avec moi avait un peu d’embonpoint. Je me suis retrouvée vraiment sandwichée entre le chauffeur et la dame.

D’abord, je n’ai pas pu mettre ma ceinture de sécurité, ensuite le chauffeur avait toutes les peines du monde à passer la vitesse. Et si par protestation, j’étais descendue pour prendre un autre véhicule, il était déjà tard et l’endroit où il fallait descendre n’était pas sécurisant. C’était fort plausible que je ne trouve pas un autre taxi avant une bonne heure. J’ai alors fait contre mauvaise fortune bon cœur. A ma descente du taxi, je ne vous raconte pas les courbatures que j’ai eues. Dans cette situation qu’aurais-je pu faire à votre avis ?

Quelquefois en journée, un taxi avec des passagers en 43, passent devant les policiers qui n’interpellent pas les taximen. C’est de raison, puisque ces policiers jouissent du fruit de cette habitude.

J’en parle avec un peu d’humour, mais les conséquences sont énormes pour la vie des passagers que nous sommes.  Au Togo, selon les sources du Ministère de la Sécurité et de la protection civile ainsi que du Ministère des transports, en 2016 il y a eu sur les routes togolaises : 5393 accidents, dont 6846 blessés et 514 décès. 

Les solutions

Lorsque la campagne obligatoire du port de casque pour les motocyclistes a été lancée en 2014, par l’Etat togolais, beaucoup de mes concitoyens ont protesté. Mais peu à peu cela s’est imposé dans les mœurs. Je pense qu’ils y ont vu après le bien-fondé puisque c’est le devoir de l’Etat de protéger ses filles et fils.

Ainsi une vraie campagne doit être lancée pour véritablement enrayer cette situation c’est-à-dire la surcharge dans les moyens de transport. Cela permettra de finir avec la mise en danger de la vie des usagers. Plus de véhicules pour le transport en commun doivent être également mis à la disposition des citoyens, par l’Etat. Les quartiers périphériques devront être évidemment désenclavés par les voies de transport, pour ne pas obliger les citoyens à mettre leur vie en péril.

 

[1] Assiganmé ou le Grand marché de Lomé, est le terminal de la majorité des transports en commun (privés comme publics) car ce haut lieu du commerce est le centre névralgique de l’économie togolaise.

[2] Sotral : Société des transports de Lomé, bus affrétés par l’Etat pour le transport en commun des personnes à Lomé et en périphérie urbaine.

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