A la rencontre du mystère.

Ma rencontre avec le diable (I)

M’entretenir avec le « diable » : cela faisait des mois que je me préparais à ce rendez-vous. En amont, il y a eu ces multiples coups de téléphone. Ce qui a permis de dénicher les meilleurs contacts qui m’ont ensuite fourni les bons indics.

Ce soir donc, je me suis préparée. Des heures durant, j’ai peaufiné mon plan, pour cet ultime entretien de ma vie. Je ne sais pas encore si je reviendrai en entier de ce périple. Mon indic est venu me chercher. Je me suis habillée sobrement, un pantalon de jean noir, des tennis noirs avec un sweat-shirt à capuche marron. Il faut mettre un peu de couleur, tout de même et ne pas penser que j’allais à des funérailles, peut être les miennes : qui sait ? J’ai attaché mes cheveux en catogan, mis ma casquette fétiche en imprimé militaire et enfourché mes lunettes noires. Mais il faut toujours se préparer au pire. Il m’avait prévenue je ne sortirai pas indemne, de cette rencontre.

Mon indic ne communiquait qu’avec des mots, à double sens,  entrecoupés de  gestes très nets.

  • Madame, je vous prierai de laisser votre téléphone portable. Vous n’en aurez certainement pas besoin. Les morts ne téléphonent pas, lâcha-t-il dans un rictus.

Cette phrase cynique me donna des frissons et un long filet de sueur coula dans mon dos. Je déglutis avec peine.

  • Vous avez encore le temps de changer d’avis.
  • Non, lui répondis-je, j’ai commencé et je dois terminer même si c’est au péril de ma vie.

Nous avions d’abord pris sa voiture, après avoir parcouru quelques kilomètres pour sortir de la ville,  il me confia à un autre de ses comparses qui m’embarqua dans une camionnette sans plaque minéralogique.  Celui-ci prit le relais et nous fit traverser des rues à l’aspect lugubre. Et la pleine lune, ajoutait du mystère à cette soirée. Tous les ingrédients étaient mis en place.

Pleine lune
Pleine lune. Crédit photo : pixabay.com

L’homme avait une tête massive, une barbe mal taillée et des yeux révulsés, signes de jours de fatigue. Une vieille borsalino vissée sur la tête. Quelques mèches de cheveux, poivre et sel s’y échappaient. J’estimais son âge dans la cinquantaine. Il portait une chemise carrelée et un vieux jean maculé de tâches. Sa chemise me fit penser à ces cow-boys texans que je voyais souvent dans les documentaires de la chaîne « National Geographic ». Il avait des mains massives comme des hachoirs prêts à débiter de la viande. Ma chair…. Mon sang ne fit qu’un tour : dans quel guêpier me suis-je encore jetée ? Mais ma soif du sensationnel dominait toute réflexion sensée, comme de l’huile sur de l’eau.  J’étais à la fois animée par la peur et le désir d’assouvir cette curiosité morbide.

Après plus d’une heure de route, nous débarquâmes, dans une usine désaffectée, à peine éclairée. D’après l’odeur d’huile à moteur qui s’en dégageait et les ombres des pneus que ma pupille, peu à peu habituée, au noir commençait à distinguer, j’en conclus que cela devait avoir un lien avec un garage de voitures ou je ne-sais-quoi.

Il arrêta le moteur et se tourna vers moi. Il avait un foulard en soie dans les mains.

  • Tournez-vous, me jeta-t-il à la figure.

Les tout premiers mots qui sortirent de sa bouche depuis mon entrée dans la camionnette. Je m’exécutai sans broncher. Il me banda les yeux.

Maintenant, je ne pouvais compter que sur mon seul sens auditif. Je l’entendis descendre puis venir m’ouvrir la portière. Il  prit ma main. Je pensais bien que c’était le début de  ma descente aux enfers.

La main qui me saisit était calleuse. Avec une forte poigne, il me tira derrière lui comme un ballot mal ficelé. Je risquais de tomber à chaque pas. Mes pieds se prenaient tantôt dans des sacs de plastique, tantôt dans des fils de fer.  Je devinais le bas de mon jeans parsemé  de coupures, je sentais de fines déchirures sur mes jambes. Cette marche dans le labyrinthe de Thésée, dura une période que je n’avais aucun moyen d’estimer.

Nous nous arrêtâmes  soudain, puis mon bandeau me fut arraché des yeux. Je me retrouvais devant une large porte en fer. Mon ‘’compagnon’’ appuya sur un bouton noir situé à gauche de la porte dans une encoignure. Cela enclencha un système qui me fit découvrir un petit panneau latéral qui s’ouvrit pour laisser place à une tablette. Je le vis composer un code.

La porte coulissa dans un grincement de gong. Il me poussa à l’intérieur.

 

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