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Portrait – Da Massan, la taxiwoman

Taxiwoman? Oui, monter dans un taxi avec une dame comme chauffeur, c’est un vrai délice. Place à Da Massan, la taxiwoman, dans les rues de Lomé la belle.

Note de l’auteur : ce portrait est une pure fiction. 

Dans les rues de Lomé. Source : Benedicta H.
La routine matinale

Du haut de ses 42 ans, Da Massan a déjà eu plusieurs carrières. Elle a d’abord été comptable dans une société de BTP de Lomé. Suite à son licenciement et n’ayant plus les moyens de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, elle eut l’idée de devenir « taxiwoman ». Elle a passé son permis de conduire. Son mari qui vit en Europe lui a envoyé une voiture de marque japonaise, très connue. Son aventure dans ce monde très masculin, a commencé voici 4 ans déjà.

« Mon réveil est à 5 heures. Après ma prière matinale, je m’occupe de ma voiture. Je procède aux vérifications habituelles : niveau d’huile, d’eau, du carburant, état de la batterie », explique-t-elle. Elle précise qu’elle en prend le plus grand soin car c’est son gagne-pain. Ensuite elle réveille ses enfants : Delali, 10 ans au CM1 et Mawuena 8 ans au CE2, pour les préparer pour l’école.

Taxi. Source : Pixabay.com
En voiture !

C’est après avoir déposé ses enfants à l’école que la journée de Da Massan commence. Elle habite à Adidogomé, un quartier en banlieue Nord-Ouest de Lomé. « Sur ce tronçon, il y a énormément de clients, mais aussi beaucoup d’embouteillages, compte tenu de la grande population qui y habite. »

Certains clients lui sont devenus familiers, car ils empruntent régulièrement son taxi. Le trajet habituel est Adidogomé-Assiganmé, qui coûte 400 francs CFA.  Parfois des clients ne font pas le trajet complet. Ce qui fait les affaires de Da Massan, le terminus étant Assiganmé, le grand marché de Lomé.

Les qualités de la bonne taxiwoman

Da Massan est devenue une experte du volant avec les motos taxi ou zémidjans qui pullulent à Lomé et font du slalom à tout vent. Elle est toujours sur le qui-vive.

Être conductrice de taxi, est aussi un véritable parcours du combattant : entre le harcèlement des policiers qui vous demandent « leur billet bleu[1] pour le café » à tout va, sans vérifier les pièces du véhicule ; l’achat des tickets de la mairie ;  l’achat des tickets des syndicats des chauffeurs de taxi et en dernier, ceux de la direction des impôts. Da Massan, avec le temps, est devenue patiente et courageuse pour affronter toutes ces tracasseries quotidiennes.

Les bons côtés du métier

Malgré le prix du carburant qui ne cesse de faire le yo-yo, la concurrence des taxis moto et les prix cassés des bus de la Sotral (Société des Transports de Lomé), Da Massan arrive toujours à tirer son épingle du jeu.

Et il y a aussi quelques belles rencontres. « Il y a 2 ans, j’ai pris une dame à bord de mon véhicule, qui accompagnait sa sœur à terme, à l’hôpital pour accoucher. Pressées qu’elles étaient et vu l’urgence de la situation, l’accompagnatrice a oublié son téléphone portable dans mon taxi. Par un coup de chance, j’ai récupéré l’appareil qui était celui de la future maman et sur lequel le mari n’arrêtait pas d’appeler. J’ai répondu à l’appel et rejoins le mari, pour l’amener à l’hôpital. L’accouchement se déroula sans problème. Ce fut une fille dont je devins même la marraine. Depuis, une belle amitié est née entre cette famille et moi. »

L’avenir du métier

Da Massan n’est pas pressée de quitter ce métier, car elle s’y sent bien. Il y a même un projet qui germe dans sa tête : celui de développer une entreprise de taxis privés. Elle se donne encore quelques années pour le réaliser. Mais en attendant, vive les rues de Lomé !

[1] La coupure du billet de 2000 FCFA (XOF) est de couleur bleue et équivaut à 3,075 Euros

Bienvenue dans le monde de la street-food au Togo

Nous voici de plein pied dans la nouvelle année, après le cérémonial  du souhait des vœux (que je vous épargne), je vous invite à partir avec moi à la découverte de quelques bons repas, dont nous nous régalons, ici, au Togo, plus précisément à Lomé, dans la capitale togolaise.

Les personnes qui me connaissent savent qu’après la lecture et l’écriture, mon autre passion est la cuisine, la nourriture, bref tout ce qui a trait à la « bouffe ». Dès que j’ai l’occasion de quitter mon environnement habituel, je ne me prive pas de procurer à mon palais le goût exquis de nouvelles découvertes culinaires.

Trêve de bavardages, goûtons vite au plaisir des mets que l’on trouve dans les rues de Lomé.

Le matin, lorsque l’on ne veut pas prendre de petit déjeuner à la maison, on peut s’offrir les services d’une bonne dame qui vous servira au détour d’une rue, de la bonne bouillie chaude à base de maïs : akassan ou aklui, accompagnées de pain sucré ou salé, beurré, de beignets (botocoin, amimé gateau ou atchonmon) et d’arachides. Sinon, vous pourrez vous contenter d’un bon plat d’ayimolou (riz aux haricots) avec maca, galifoto sans oublier akpanma, wangashi ou du koklozi dada.

Ayimolou servi dans une feuille de bananier / Photo : Anonyme

Vous avez aussi le choix entre le konm avec du poisson frit (kanlami), de la sardine à l’huile, avec le yébésséfionfion, ou alors une baguette de pain avec de la salade et/ou du sandwich. Je n’oublie pas le veyi, ami et gali, la combinaison préférée des maçons. La légende urbaine voudrait que cela vous donne une force digne d’Obélix, pour porter les paquets de ciment …lol

 

Plat de konm, kanlami et yébesséfionfion / Crédit photo : Léa Corinna H.

Vers 10h, ceux qui voudraient bien prendre un en-cas, peuvent se jeter sur du aboda et du ené et/ou de l’arachide, pourquoi pas quelques tranches de été ou amanda mémé, ou simplement du eblifan mémé ou dada si bien sûr, c’est la période.

Blifan mémé et azi dada / Crédit photo : Bénédicta

A midi, c’est le grand rush vers les fufu bar et autres gargottes pour déguster du fufu évidemment, avec toutes les sauces inimaginables : egbondessi, koklodessi, light soup, lanmémédessi, dekoudessi ; du akoumé avec adémè, fetri, lanmoumou, ou du riz blanc  avec du gnifoti. La liste est longue….

Certains se contenteront de boules d’akpan avec kanlami ou de koliko avec l’incontournable maca et adokougbi.

Vers 16h, pour ceux qui aiment le goûter, l’occasion est bonne pour boire de la bouillie de tapioca au lait avec quelques pincées de noix de muscade, ou du coco avec gaou, ou simplement quelques morceaux de agbélikanklo et des arachides.

Pour finir la soirée, un tour à la cafétéria du quartier chez le  « Diallo » du coin pour prendre un bon plat de spagho (spagnetti) à la viande de bœuf, avec une tasse de déguè ou du couscous au yaourt.

Une belle journée qui prend ainsi fin, avec toujours le désir de regoûter et de savourer tous ces plats originaux !

Et vous, quel est votre street food préféré ?

 

**Petit lexique de la street food togolaise 

Akassan, aklui : différentes bouillies à base de maïs

Botocoin : beignets frit dans l’huile à base de farine de blé

Atchonmon : petits biscuits frits dans l’huile à base de farine de blé

Maca : diminutif pour désigner macaroni, type de pâtes alimentaires

Gali : farine de manioc

Galifoto : farine de manioc mélangée à de l’eau et un peu de sauce pour la rendre onctueuse

Akpanma : peau de boeuf ramolli dans de l’eau

Wangashi : fromage de lait de bœuf, frit ou nature

Koklozi : œuf de poule bouilli dada

Konm : pâte de maïs emballé dans des feuilles de maïs

Kanlami : poisson frit

Yébésséfiofion : piment rouge réduit en poudre, cuit avec un assortiment d’épices et d’anchois fumés. Le goût est particulier à chaque vendeuse d’ayimolou ou de konm

Veyi, ami et gali : du haricot bouilli avec de l’huile frit avec des oignons et de la farine de manioc

Aboda : grains de maïs bouilli

Ené : noix de coco / poupou : sec

Eté mémé : igname grillé

Amanda mémé : banane plantain grillé

Eblifan mémé ou dada : maïs grillé ou bouilli

Fufu : igname pilé

Dessi : sauce

Egbondessi, koklodessi, xolandessi : sauce de bœuf, de poulet ou d’agouti (aulacodes)

Lanmémédessi : sauce de poisson fumé

Dekoudessi : sauce de graine de palme

Akoumé : pâte de maïs

Adémè dessi : sauce de corette du jardin à l’huile rouge

Fetridessi : sauce de gombo

Lanmoumoudessi : sauce de poisson frais

Gnifotidessi : sauce de pattes de boeuf

Akpan : pâte de maïs, emballé dans des feuilles de bananiers

Koliko : frites d’igname

Adokougbi : croupion de dinde

Coco : bouillie de mil

Gaou : beignet de haricot, épicé

Agbélikanklo : beignet de manioc

Dèguè : yaourt au petit mil, spécialité des pays du sahel

 

Les lunatiques sont aussi des hommes

Il y’a quelques jours, en rentrant de mon travail, après une journée éreintante et accablée par la chaleur de ces dernières heures, j’étais presque dans un état second. Mais je fus soudain, réveillée par un spectacle déconcertant : un lunatique[i] qui passait son chemin, exposant à la vue de tous, ses bijoux de famille. Ce n’était évidemment pas le premier que mes yeux croisaient, de toute ma vie de trentenaire.

Ce qui faisait l’objet de mon choc et de mon inanition, ce lunatique avait un air de famille et il portait une belle chemise carrelée de couleur bleue. La chemise était propre, très propre pour son état. Cela prouve à tout point de vue que c’était un récent locataire des rues de Lomé. Il avait une apparence physique assez robuste, était peut-être dans la quarantaine.

Crédit Photo : Pixabay.com

En une fraction de secondes, quantité de questions se sont entrechoquées dans ma cervelle : cet homme c’était sûrement un mari, un frère, un père, un ami, un ex-collègue de travail… Où pouvait-être sa famille ? Que s’est-il passé pour qu’il en arrive là ?

Une de mes connaissances, à l’imagination assez fertile, ne cesse de me rebattre les oreilles avec sa thèse du « complot » : tous les  lunatiques de Lomé n’en sont pas de vrais. Certains font partie d’un large réseau d’espionnage à la solde de l’agence étatique des renseignements. Ils infiltrent la population pour tester son pouls et être au fait de tout. Pour un pays en mal de probité moral, rien n’est à écarter. Mais passons…

Dans nos sociétés africaines, en l’occurrence à Lomé, d’après les renseignements glanés de-ci de-là, je me rends compte que les lunatiques ne bénéficient d’aucune prise en charge particulière. Ils sont délaissés par leur famille et par l’Etat dont ils sont quand même les pupilles. La preuve : il n’y a qu’un seul hôpital psychiatrique (Hôpital Psychiatrique de Zébé), sur tout le territoire togolais . Ces personnes qui sont des citoyens particuliers sont livrées à eux-mêmes jusqu’à ce que mort s’en suive. Elles sont parfois victimes de crimes rituels, souvent d’accident de la circulation ou de mort naturelle. C’est au terme de ce parcours chaotique que l’Etat par le biais des services sociaux, s’occupe au moins de leur offrir une sépulture en les enterrant sans tambour ni trompette.

Avec la crise socio-politique qui frappe de plein fouet, notre quotidien, la société est victime d’une « rigidité cadavérique » qui attaque non seulement notre corps mais aussi notre intellect, notre moi profond… Nous sommes devenus apathiques, insensibles, embarqués dans notre train-train à la recherche de notre pitance. Tel des zombies sociaux, chacun cherche à se frayer un chemin vers une lumière blafarde. Une illusion de vie, un semblant de prise de tête avec nos vicissitudes. Engoncés dans notre nombrilisme offusquant, peu d’entre nous peuvent encore faire montre de résilience. Nous sommes devenus plus narcissiques que tout, l’autre au lieu d’être un miroir s’est transformé en vitre : nous le regardons sans le voir.

L’Homme n’a plus de valeur à nos yeux.

[i] Lunatique : je vous épargne le terme  « fou » qui ne me semble pas approprié et préfère ce mot qui est plus un anglicisme.

Portrait – Trouver chaussure à son pied chez Emmanuel

 

Des besoins de l’homme, se nourrir et se vêtir sont certainement les plus importants.  Et le vêtement, ne concerne pas que le corps, mais aussi les pieds qu’il faut bien couvrir.

Aujourd’hui, nous irons faire la connaissance d’Emmanuel, vendeur de chaussures à Lomé.

De la voiture aux chaussures

Dès 16h, Emmanuel un homme au teint noir, bien baraqué, 1,80 mètres dit Fo Yéma, ou Bata  installe sa marchandise au bord de la route pavée de ce quartier populaire de la banlieue de Lomé.

Chaussures exposées au sol
Chaussures exposées au sol

« Moi c’est Emmanuel dit Fo Yéma ou encore Bata[i], cela fait 10 ans que je vends des chaussures . »

Il nous raconte son histoire, il n’a pas toujours été vendeur de chaussures. « J’ai été mécanicien 4 roues durant quelques années avant de me lancer dans cette aventure ».

Marié et père de famille, à 40 ans, il fallait bien trouver une activité plus rentable pour s’occuper des siens.

De l’approvisionnement  à l’exposition

Pour vendre des chaussures, il faut être endurant et sûrement pas  un « lève-tard » c’est

Chaussures exposées sur un tringle
Chaussures exposées sur un tringle

l’avis de notre ami, Fo Yéma. La marchandise en provenance de la Chine et des Etats-Unis d’Amérique, est disponible dès 4h du matin. Le lieu d’approvisionnement est le marché de Hedzranawé  au Nord-Est de Lomé, auprès  des grossistes nigérians qui ont le monopole de ce commerce.

« Pour moi, les meilleures chaussures sont celles de 2e main ou d’occasion, qui n’ont pas souvent un bel aspect à première vue. Elles sont plutôt de bonne qualité et leur aspect sale fait qu’on peut vous le brader ».

Après l’achat, il faut donc effectuer quelques petits travaux sur la marchandise : lavage, raccommodage si besoin et enfin cirage. C’est après cela, que Fo Yéma expose ses trésors.

Le quotidien de Fo Yema

De lundi à dimanche, vous trouverez Fo Yéma à coté de ses chaussures. « Beaucoup de personnes apprécient mes chaussures et j’ai des clients fidèles depuis 5-6ans, je suis ici de 16h à 22h ».

En moyenne, il peut accueillir 5 clients par jour.

 « Je ne me plains pas, j’aime beaucoup ce métier, surtout au moment de la rentrée scolaire et des fêtes de fin d’année ».

Ces deux périodes sont les moments fastes où il réalise un bon chiffre d’affaires. Il se spécialise en ce moment dans la vente des chaussures pour enfants et adolescents. Ce qui fait la joie des parents très ravis d’avoir un large choix de chaussures à de bons prix (entre 3000 et 6000 f cfa, pour une paire).

Quel avenir ?

A la question de savoir, s’il a des projets, Fo Yéma est un peu hésitant. « A la longue, j’ouvrirai peut-être une boutique mais j’hésite encore. Les  difficultés auxquelles certains de mes congénères ont fait face lorsque les agents du fisc (Office Togolais des Recettes- OTR), leur ont accordé une visite de courtoisie sont énormes ; beaucoup ont dû mettre la clé sous le paillasson », nous raconte-t-il, avec un sourire en coin. Raison pour laquelle, il ne nous a même pas autorisé à prendre une photo de lui.

Mais en attendant d’être confronté aux agents de l’OTR, Fo Yéma se sent à l’aise avec ses Abloni Fokpa[ii] , au bord de la route.

 

 

[i] Pourquoi Bata ? Pour la petite histoire, Bata, est une marque de chaussures d’origine tchèque (voir le lien dans le texte). Elle était très connue et très appréciée des togolais avec des boutiques sur tout le territoire. Difficile de sortir d’une boutique Bata sans trouver chaussure à son pied. La dernière boutique a fermé au milieu des années 80, au grand dam des togolais.

[ii] Abloni : déformation du mot Obroni d’origine Twi (langue ghanéene) qui signifie l’Occident ou l’Europe. Le terme est surtout utilisé pour désigner tout article d’occasion provenant de l’Europe et des Etats-Unis d’Amérique ;  Fokpa ou afokpa : mot d’origine Ewe (langue togolaise) qui signifie chaussure.

Dame Loco et mon rendez-vous

Ce samedi, je devais retrouver un ex-amoureux revenu des Etats-Unis. Presque 12 ans qu’on s’était perdu de vue (au propre comme au figuré, malgré les réseaux sociaux).

Le rendez-vous a lieu à 19h30, presque de l’autre côté de la ville, Tokoin Protestant  pour moi qui habitait à Hedzranawoé au nord-est de Lomé. Je saute sur un zem[1] qui me fait d’ailleurs un bon prix, ce qui n’est pas du tout dans leurs sales habitudes, après une courte discussion, je fixe mon tarif.

Bien habillée, bien parfumée, les yeux pétillants en prélude à la rencontre que j’imagine déjà, porteuse de fruits….

Mauvaise surprise

Nous voilà au niveau du carrefour dit Gakpoto, arrêtés dans notre course par une longue file et une épaisse fumée noire : j’ai premièrement pensé à un incendie ou à un feu d’ordures ménagères ou de pneus, allumé par les riverains.

Locomotive dégageant une épaisse fumée.
Locomotive dégageant une épaisse fumée.

Mais j’entendis avec stupeur le vacarme de la sirène de la vieille loco de Togorail. Et l’épaisse fumée, noire comme le c… du diable, polluante comme le Gange (ou la lagune de Tokoin Hôpital ??), nauséabonde comme un œuf pourri de 3 jours. Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie, n’ai-je donc pas tant vécu que pour rater ce rendez-vous tant attendu (parodiant ainsi le Cid acte I, scène 4, de Corneille), maudissant ainsi ma bonne ou mauvaise étoile, c’était selon le cas.

Après le passage de ce désastre écologique sur rail, je me retrouve avec une épaisse couche de suie (n’éxagérons quand même pas…) recouvrant mon teint de fond tout flambant neuf de Yves Rocher (que ma cousine m’a envoyé quand même de France, qui va se négliger…) et une odeur que je vous épargne

Adieu, veau, vache, schawarma, whisky coca, poulet braisé, brochettes… (plagiat moderne de La laitière et le Pot au lait de Jean de La Fontaine) bref tout ce que j’aurai pu ingurgiter ce soir.

Que faire ? Aller à mon rendez-vous dans cet état plus que piteux ou retourner à la maison me refaire une beauté (une vrai cette fois-ci) au risque d’aller en retard à mon rendez-vous galant… ?

Un peu d’histoire

L’histoire de la réalité ferroviaire[2] du Togo date de l’époque allemande, en 1905, précisément où roula la première locomotive. Mes bonnes vieilles locomotives ont eu leur belle période où plusieurs villes togolaises étaient desservies par les trains (Kpalimé, Atakpamé, Aného et Blitta, où s’arrêtent les rails).

Après les belles années du transport ferroviaire, ces wagons sont tombés en désuétude, les gares envahies par les herbes, les rails presque invisibles. Les wagons sont actuellement en exploitation seulement par l’actuelle société d’exploitation du ciment – CIMTOGO- qui utilise ces vieux wagons pourris pour le transport du clinker.

Un clin d’œil a été fait à ces wagons, récemment dans un clip d’une artiste qui a actuellement le vent en poupe Almok – Takouvi.

De vrais dangers ambulants, pollueurs sonores, visuels et olfactives (je me rappelle encore ma gorge toute râpeuse comme ayant bu un mauvais whisky ou mangé du kalaba[3]…)

Bref, ma super belle rencontre prévue depuis une semaine est tombée à l’eau, évanouie tel un mauvais mirage dans le désert du Sahara avant même d’avoir pu avoir lieu, pschitt comme un ballon de baudruche dans les mains d’un gamin mal intentionné…

Ah que nenni !!! Non, je me rattrape, je lui envoie un texto vite fait, et demande à mon zem de rebrousser chemin (ce qui a l’honneur de doubler mon tarif…)

Comme toute bonne créature du sexe féminin qui se respecte et sait se faire respecter, j’accuse un léger retard d’une heure de temps.

Enfin je pus rejoindre mon ami pour passer une belle soirée idyllique…

**Dame Loco : Locomotive

[1] Zem : Diminutif de zémidjan : moto taxi

[2] Source : https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_rail_transport_in_Togo

[3] Kalaba : boule d’argile blanche prisée par la gente féminine de la Côte d’Ivoire au Cameroun

Soirée de retrouvailles

Des amis, l’on s’en fait toute la vie durant mais beaucoup le pensent et vous le diront, une belle amitié qui tient le coup est sûrement celle qui s’est faite au moment des études.

 L’amitié : c’est le motif de cette belle rencontre qui a lieu par cette chaude soirée  d’octobre.

Nous nous sommes connus pour la plupart, certains à l’école primaire, d’autres au collège, mais tous dans la même institution scolaire : le Grand Collège du Plateau à Tokoin Cassablanca, Lomé.friends-1013883__180

Nous nous sommes perdus de vue, certains depuis 15 ans, d’autres 20 ans, voire 25 ans. Mais comme le disait Montaigne, « L’amitié se nourrit de communication « . Pour donc le paraphraser, disons que notre amitié à nous s’est nourri des nouvelles technologies de l’information. Ainsi, grâce à Facebook et à Whatsapp (merci Zuckerberg), nous avons gardé contact au quotidien par le partage de fichiers (petites pensées, réflexions, vidéos, audios, documents) ; puis nous avons pensé à nous retrouver.

D’abord timidement, puis peu à peu, les liens  d’antan se sont renoués et des projets ont commencé à poindre. Le contact physique est dès lors devenu plus que nécessaire.

En début de semaine, la belle idée est née d’initier une soirée, grâce surtout au retour de certains venus de l’extérieur du pays. Et de fil en aiguille, le jour a été fixé, l’heure a été choisie. Chacun peut apporter quelque chose à grignoter et à boire, pour le partage et pour passer un moment convivial.

A l’heure dite et au jour convenu : vendredi 19 h, nous nous sommes retrouvés. Chacun a fait l’effort de mettre à côté les obligations tant professionnelles que familiales, au moins le temps d’une soirée. Une dizaine, c’est le nombre que nous avons atteint.

Alors elle a commencé, la fameuse soirée : étalages de souvenirs, d’anecdotes connues qui ont refait surface et d’autres inédites se sont fait connaître…stock-photo-group-of-people-sitting-at-festive-table-and-eating-427193854

Nous avons bu, nous avons mangé, nous avons ri, nous avons échangé, nous avons débattu sur les sujets brûlants de l’actualité. Et oui  » Que la douceur de l’amitié soit faite de rires et de plaisirs partagés », dixit Khalil Gibran. Chacun s’est exprimé librement et nous avons encore gagné beaucoup de choses. Ce qui nous a énormément enrichi.

Nous n’avions certes pas perdu de vue,  le leitmotiv de cette soirée : la mise en marche de nos projets pour redorer le blason de notre chère école et pour apporter un coup de pouce au corps administratif.

Car au-delà, de tout, c’est cette école qui a fait de nous ce que nous sommes devenus, c’est elle qui nous a donné les bases de notre éducation. Et tous tant que nous sommes, sommes fiers d’avoir fait partie de cette communauté. D’ailleurs nous en faisons toujours partie, intrinsèquement nous ne pouvons nous en dissocier.

C’est avec beaucoup d’espoir pour la réalisation de nos projets que nous nous sommes quittés, les yeux pleins d’étoiles, heureux de cette rencontre, heureux que notre union devienne une force qui fera bouger des lignes et plus. Les contacts seront maintenus, si Dieu nous prête vie, nous espérons que ces rencontres auront une fréquence plus régulière.

Et pour terminer et faire comme les politiques, nous dirons : Vive l’amitié ! Vive les retrouvailles ! Puisse nos projets prendre vie !

Post scriptum : Savourons cette chanson qui nous rappelle à tous, anciens élèves du Grand Collège du Plateau, le sens de l’amitié et l’espoir des retrouvailles.

Portrait – Rendez-vous chez Abdel le coiffeur

Nous fréquentons ce salon de coiffure depuis deux ans déjà et ce matin, nous avons décidé de connaître un peu mieux ce jeune coiffeur qui fait la beauté de nos chères têtes crépues.

Allons donc à la rencontre de  Abdel, patron d’un salon de coiffure situé, à Djidjolé, quartier périphérique  du nord de Lomé,  un jeune homme plein d’ambition.

Abdel en plein travail
Abdel en plein travail.

Des débuts bien ardus  

La trentaine, de taille moyenne, arborant toujours un joli sourire,  le jeune  Abdel déclare non sans fierté : « Voici 2 ans que je dirige mon propre salon de coiffure, VIP’s Barber Shop. »

Après l’obtention de son Bac Série D (Sciences de la Vie et de la Terre), Abdel qui a toujours eu en tête de devenir un grand entrepreneur décide d’apprendre un métier : il opte alors pour la coiffure.

Au même moment, il s’inscrit en faculté de gestion à l’Université de Lomé (UL). Il s’arme de courage et signe un contrat d’apprentissage de 2 ans auprès d’un coiffeur de son quartier.

 Difficile d’allier études et apprentissage mais déterminé qu’il est et avec l’objectif qu’il s’est fixé, il ne baisse pourtant pas les bras.

« J’estime qu’il n’y a pas de sot métier. Notre système éducatif francophone ne nous prépare pas vraiment à affronter la vie professionnelle après l’obtention de nos diplômes. C’est pourquoi j’ai pris les devants en allant apprendre un métier », soutient-il.

Le sacrifice porte des fruits

Le métier  nourrit apparemment son homme, bien même  nous dit-il.. Avec ses recettes, il arrive à  payer le loyer, l’électricité, l’eau et renouveler le matériel. Ses tarifs varient de 300 à 2 500 FCFA voire 3 000 FCFA, 5 000 FCFA pour un déplacement à domicile. Comme le nom de son salon l’indique, c’est un vrai coiffeur VIP. La preuve, certains artistes de la place, dont je me garderai de divulguer l’identité, font partie de sa clientèle.

Dès 7h son salon est déjà ouvert et selon les jours de la semaine, le nombre varie entre 10 et 15 clients par jour. Les week-ends sont jours d’affluence : il reçoit environ 20 clients, par conséquent il ne ferme que vers 21h00.

Le futur présage de belles choses

Pour faire face à toute cette clientèle et être serein les jours de coupure d’électricité (et oui, on ne peut faire confiance à la CEET*), il a acquis récemment un  petit groupe électrogène. Très bel atout, pour être à l’abri.

« Avant en cas de coupure de courant, j’étais obligé d’utiliser des tondeuses à piles ou rechargeables, ce qui n’est pas toujours évident. Lorsque vous devez coiffer 2 ou 3 clients, les batteries sont vite à plat», nous explique-t-il.

Pour ses projets, Abdel n’en démord pas : « J’ai bien l’intention de reprendre mes études et d’obtenir ma licence en gestion option Ressources Humaines». Lesquelles études sont actuellement en stand by car il lui reste encore des unités d’enseignements à valider. Mais en attendant, il veut bien former les 2 apprentis sous ses ordres. Ils s’occuperont de faire tourner le salon, car Abdel n’abandonne pas l’idée de son projet : ouvrir bientôt un autre salon voire deux.

Mais pour l’heure, souhaitons-lui, bon vent, non plutôt bonne coupe !!

 

*CEET : Compagnie Energie Electrique du Togo, société de distribution d’électricité au Togo