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Dame Loco et mon rendez-vous

Ce samedi, je devais retrouver un ex-amoureux revenu des Etats-Unis. Presque 12 ans qu’on s’était perdu de vue (au propre comme au figuré, malgré les réseaux sociaux).

Le rendez-vous a lieu à 19h30, presque de l’autre côté de la ville, Tokoin Protestant  pour moi qui habitait à Hedzranawoé au nord-est de Lomé. Je saute sur un zem[1] qui me fait d’ailleurs un bon prix, ce qui n’est pas du tout dans leurs sales habitudes, après une courte discussion, je fixe mon tarif.

Bien habillée, bien parfumée, les yeux pétillants en prélude à la rencontre que j’imagine déjà, porteuse de fruits….

Mauvaise surprise

Nous voilà au niveau du carrefour dit Gakpoto, arrêtés dans notre course par une longue file et une épaisse fumée noire : j’ai premièrement pensé à un incendie ou à un feu d’ordures ménagères ou de pneus, allumé par les riverains.

Locomotive dégageant une épaisse fumée.
Locomotive dégageant une épaisse fumée.

Mais j’entendis avec stupeur le vacarme de la sirène de la vieille loco de Togorail. Et l’épaisse fumée, noire comme le c… du diable, polluante comme le Gange (ou la lagune de Tokoin Hôpital ??), nauséabonde comme un œuf pourri de 3 jours. Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie, n’ai-je donc pas tant vécu que pour rater ce rendez-vous tant attendu (parodiant ainsi le Cid acte I, scène 4, de Corneille), maudissant ainsi ma bonne ou mauvaise étoile, c’était selon le cas.

Après le passage de ce désastre écologique sur rail, je me retrouve avec une épaisse couche de suie (n’éxagérons quand même pas…) recouvrant mon teint de fond tout flambant neuf de Yves Rocher (que ma cousine m’a envoyé quand même de France, qui va se négliger…) et une odeur que je vous épargne

Adieu, veau, vache, schawarma, whisky coca, poulet braisé, brochettes… (plagiat moderne de La laitière et le Pot au lait de Jean de La Fontaine) bref tout ce que j’aurai pu ingurgiter ce soir.

Que faire ? Aller à mon rendez-vous dans cet état plus que piteux ou retourner à la maison me refaire une beauté (une vrai cette fois-ci) au risque d’aller en retard à mon rendez-vous galant… ?

Un peu d’histoire

L’histoire de la réalité ferroviaire[2] du Togo date de l’époque allemande, en 1905, précisément où roula la première locomotive. Mes bonnes vieilles locomotives ont eu leur belle période où plusieurs villes togolaises étaient desservies par les trains (Kpalimé, Atakpamé, Aného et Blitta, où s’arrêtent les rails).

Après les belles années du transport ferroviaire, ces wagons sont tombés en désuétude, les gares envahies par les herbes, les rails presque invisibles. Les wagons sont actuellement en exploitation seulement par l’actuelle société d’exploitation du ciment – CIMTOGO- qui utilise ces vieux wagons pourris pour le transport du clinker.

Un clin d’œil a été fait à ces wagons, récemment dans un clip d’une artiste qui a actuellement le vent en poupe Almok – Takouvi.

De vrais dangers ambulants, pollueurs sonores, visuels et olfactives (je me rappelle encore ma gorge toute râpeuse comme ayant bu un mauvais whisky ou mangé du kalaba[3]…)

Bref, ma super belle rencontre prévue depuis une semaine est tombée à l’eau, évanouie tel un mauvais mirage dans le désert du Sahara avant même d’avoir pu avoir lieu, pschitt comme un ballon de baudruche dans les mains d’un gamin mal intentionné…

Ah que nenni !!! Non, je me rattrape, je lui envoie un texto vite fait, et demande à mon zem de rebrousser chemin (ce qui a l’honneur de doubler mon tarif…)

Comme toute bonne créature du sexe féminin qui se respecte et sait se faire respecter, j’accuse un léger retard d’une heure de temps.

Enfin je pus rejoindre mon ami pour passer une belle soirée idyllique…

**Dame Loco : Locomotive

[1] Zem : Diminutif de zémidjan : moto taxi

[2] Source : https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_rail_transport_in_Togo

[3] Kalaba : boule d’argile blanche prisée par la gente féminine de la Côte d’Ivoire au Cameroun