Bienvenue dans le monde de la street-food au Togo

Nous voici de plein pied dans la nouvelle année, après le cérémonial  du souhait des vœux (que je vous épargne), je vous invite à partir avec moi à la découverte de quelques bons repas, dont nous nous régalons, ici, au Togo, plus précisément à Lomé, dans la capitale togolaise.

Les personnes qui me connaissent savent qu’après la lecture et l’écriture, mon autre passion est la cuisine, la nourriture, bref tout ce qui a trait à la « bouffe ». Dès que j’ai l’occasion de quitter mon environnement habituel, je ne me prive pas de procurer à mon palais le goût exquis de nouvelles découvertes culinaires.

Trêve de bavardages, goûtons vite au plaisir des mets que l’on trouve dans les rues de Lomé.

Le matin, lorsque l’on ne veut pas prendre de petit déjeuner à la maison, on peut s’offrir les services d’une bonne dame qui vous servira au détour d’une rue, de la bonne bouillie chaude à base de maïs : akassan ou aklui, accompagnées de pain sucré ou salé, beurré, de beignets (botocoin, amimé gateau ou atchonmon) et d’arachides. Sinon, vous pourrez vous contenter d’un bon plat d’ayimolou (riz aux haricots) avec maca, galifoto sans oublier akpanma, wangashi ou du koklozi dada.

Ayimolou servi dans une feuille de bananier / Photo : Anonyme

Vous avez aussi le choix entre le konm avec du poisson frit (kanlami), de la sardine à l’huile, avec le yébésséfionfion, ou alors une baguette de pain avec de la salade et/ou du sandwich. Je n’oublie pas le veyi, ami et gali, la combinaison préférée des maçons. La légende urbaine voudrait que cela vous donne une force digne d’Obélix, pour porter les paquets de ciment …lol

 

Plat de konm, kanlami et yébesséfionfion / Crédit photo : Léa Corinna H.

Vers 10h, ceux qui voudraient bien prendre un en-cas, peuvent se jeter sur du aboda et du ené et/ou de l’arachide, pourquoi pas quelques tranches de été ou amanda mémé, ou simplement du eblifan mémé ou dada si bien sûr, c’est la période.

Blifan mémé et azi dada / Crédit photo : Bénédicta

A midi, c’est le grand rush vers les fufu bar et autres gargottes pour déguster du fufu évidemment, avec toutes les sauces inimaginables : egbondessi, koklodessi, light soup, lanmémédessi, dekoudessi ; du akoumé avec adémè, fetri, lanmoumou, ou du riz blanc  avec du gnifoti. La liste est longue….

Certains se contenteront de boules d’akpan avec kanlami ou de koliko avec l’incontournable maca et adokougbi.

Vers 16h, pour ceux qui aiment le goûter, l’occasion est bonne pour boire de la bouillie de tapioca au lait avec quelques pincées de noix de muscade, ou du coco avec gaou, ou simplement quelques morceaux de agbélikanklo et des arachides.

Pour finir la soirée, un tour à la cafétéria du quartier chez le  « Diallo » du coin pour prendre un bon plat de spagho (spagnetti) à la viande de bœuf, avec une tasse de déguè ou du couscous au yaourt.

Une belle journée qui prend ainsi fin, avec toujours le désir de regoûter et de savourer tous ces plats originaux !

Et vous, quel est votre street food préféré ?

 

**Petit lexique de la street food togolaise 

Akassan, aklui : différentes bouillies à base de maïs

Botocoin : beignets frit dans l’huile à base de farine de blé

Atchonmon : petits biscuits frits dans l’huile à base de farine de blé

Maca : diminutif pour désigner macaroni, type de pâtes alimentaires

Gali : farine de manioc

Galifoto : farine de manioc mélangée à de l’eau et un peu de sauce pour la rendre onctueuse

Akpanma : peau de boeuf ramolli dans de l’eau

Wangashi : fromage de lait de bœuf, frit ou nature

Koklozi : œuf de poule bouilli dada

Konm : pâte de maïs emballé dans des feuilles de maïs

Kanlami : poisson frit

Yébésséfiofion : piment rouge réduit en poudre, cuit avec un assortiment d’épices et d’anchois fumés. Le goût est particulier à chaque vendeuse d’ayimolou ou de konm

Veyi, ami et gali : du haricot bouilli avec de l’huile frit avec des oignons et de la farine de manioc

Aboda : grains de maïs bouilli

Ené : noix de coco / poupou : sec

Eté mémé : igname grillé

Amanda mémé : banane plantain grillé

Eblifan mémé ou dada : maïs grillé ou bouilli

Fufu : igname pilé

Dessi : sauce

Egbondessi, koklodessi, xolandessi : sauce de bœuf, de poulet ou d’agouti (aulacodes)

Lanmémédessi : sauce de poisson fumé

Dekoudessi : sauce de graine de palme

Akoumé : pâte de maïs

Adémè dessi : sauce de corette du jardin à l’huile rouge

Fetridessi : sauce de gombo

Lanmoumoudessi : sauce de poisson frais

Gnifotidessi : sauce de pattes de boeuf

Akpan : pâte de maïs, emballé dans des feuilles de bananiers

Koliko : frites d’igname

Adokougbi : croupion de dinde

Coco : bouillie de mil

Gaou : beignet de haricot, épicé

Agbélikanklo : beignet de manioc

Dèguè : yaourt au petit mil, spécialité des pays du sahel

 

Portrait – Dans le jardin de Pascal

A la vue de belles fleurs ou plantes, de jardins et des espaces verts bien entretenus nous éprouvons souvent des sentiments particuliers : joie, bonheur, paix… Pourtant pour arriver à ces belles vues et à ces beaux résultats, il faut un travail en amont, celui du jardinage. Ceux qui pratiquent cette activité sont appelés jardiniers ou paysagistes, pour faire plus classe…lol. Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de l’un d’entre eux : Pascal.

Des débuts pas toujours « verts » 

Cheveux grisonnants, la cinquantaine dépassée, Pascal m’accueille dans son « bureau » : un grand espace vert, les jardins des bureaux du secrétariat général de l’Union Chrétienne des Jeunes Gens/Young Men Christian Association (UCJG/YMCA) de Lomé. «  Ici, c’est mon paradis. J’y passe toutes mes journées « . De nature très calme, Pascal nous raconte les débuts de sa carrière. Issu d’une famille modeste, il n’avait pas eu tous les moyens pour effectuer ses études dans des conditions adéquates. Après un échec au Brevet d’Etudes du Premier Degré (BEPC), il décide de surseoir à ses études et de se tourner vers l’apprentissage d’un métier.

Pascal, le jardinier. Crédit Photo : Bénédicta

Sur la route du métier

Sur recommandation de sa sœur aînée, il débute le métier de jardinier chez un ami de la famille. Cet homme possédait un grand jardin, dans sa maison – et avait les fleurs pour violon d’Ingres- dans l’un des vieux quartiers de Lomé : Amoutivé. L’apprentissage de Pascal dure quatre années. C’est au cours de cette période, qu’il acquiert la passion et l’amour de ce métier si délicat. Les bonnes méthodes de reproduction et d’entretien des plantes : le bouturage, le semis, le greffage, … Les différents noms des plantes, leurs vertus médicinales, les bonnes saisons de reproduction et quelques petits secrets, qu’il a bien voulu partager avec moi. Pour Pascal, aucune plante n’est mauvaise. C’est parce que ses vertus et ses propriétés ne sont pas connues que le commun des mortels pense qu’elles ne sont pas utiles. Après avoir bien maîtrisé, les ficelles du métier et fort de son expérience, il décroche un poste de jardinier dans une société d’exploitation maritime du pays. Au bout de quelques années d’exercice, Pascal est mis au chômage technique suite à la faillite de son employeur. Retour à la case départ.

Renouveau sous les cieux

Pascal se retrouve sans emploi mais grâce à ses anciennes relations professionnelles, il décroche quelques petits boulots de jardinage chez les particuliers. De fil en aiguille, il est recruté par l’UCJG pour être leur jardinier. Et c’est depuis 1995 qu’il est le maître des jardins, du centre. Son autre dada, est l’entretien d’un petit carré d’une plante particulière, qui à première vue ressemble à un ‘jardin bien entretenu de mauvaises herbes’. Mais à ma grande surprise Pascal m’informe que je suis en face d’un jardin d’asters blanches   » Les asters blanches ont cette particularité de mettre en exergue les autres fleurs d’un bouquet « , m’apprend Pascal. Ainsi certains fleuristes du marché des fleurs d’Assiganmé (Grand marché de Lomé), lui font parfois appel lorsqu’ils sont en rupture de stock.

Plants d’asters blanches. Crédit photo : Bénédicta

Quel héritage pour la postérité ?

A la question de savoir, ce qu’il fera à sa retraite, il me répond :  « Je ne pourrai jamais m’arrêter de m’occuper des plantes et des fleurs ». Puis il ajoute :  « Le secret de cette profession : c’est d’avoir l’amour des plantes. Hormis cela on trouvera ce métier juste comme un gagne-pain, alors qu’il regorge de beaucoup de plaisir et de bien-être ». Il déplore également que ce métier ne soit pas valorisé et promu auprès des jeunes. A l’instar de son jeune fils qui a choisi de ne pas faire comme son père et a préféré se tourner vers le football. Néanmoins, Pascal est prêt à initier à ce métier toute personne intéressée et disponible. Il pense que ce serait égoïste de ne pas transmettre tout ce qu’il connaît.

Je suis citoyenne de la République de Blog’Art

L’Homme est un être social, et sa vie en communauté le démontre. La vie en communauté est une nécessité pour son équilibre physique, psychologique, mental, mais certains peuvent vivre en ermite. Avec l’avènement des TIC, des communautés virtuelles sont apparues. Un constat est fait : il est rare de trouver actuellement un individu qui n’appartienne à aucune communauté virtuelle. Je ne déroge pas à la ‘règle’ : moi, je suis citoyenne de la République de Blog’Art, sur Whatsapp.

C’est au gré de mes vadrouilles sur la toile que j’ai découvert le blog d’Ecclésiate Deudjui :  en septembre 2015. De fil en aiguille, il m’a introduit dans le groupe Blog’Art, sur Whatsapp ou plutôt dans la République de Blog’Art.

Ma nouvelle vie de citoyenne

Au début, je lisais les posts publiés, je téléchargeais les liens et vidéos mais je  n’intervenais pas. On appelle cela ‘être en sous-marin’…lol. Certains pensaient que je n’étais qu’une « espionne ».  Beaucoup ne savaient pas que je suis une mondoblogueuse de la saison 2013 mais je n’ai publié qu’un seul billet, qui a disparu avec le changement de thème de mon blog.  Cette « flemmardise » de publication, était le résultat d’un changement intervenu dans ma vie, qui m’a fait prendre un certain  recul.

La route vers la reprise en mains de mon blog fut la rencontre fortuite, d’un autre mondoblogueur qui m’a encouragé à republier. Puis une mauvaise blague, d’un autre mondoblogueur m’a sorti de mes gongs, et je lui dis merci. Finalement, en octobre 2016, j’ai republié un nouveau premier billet.

Le quotidien des ‘Blog’Artlais’

Blog’Art est organisé comme une vraie république bananière, avec un gouvernement :

  • il y’a un président : Ecclesiaste 
  • une première dame : Christine
  • un premier ministre Emile et sa moitié Samantha
  • deux ministre des TICS : Atome  (Gestion de la robotique)  et Lucrèce : Gestion de la communauté geek) vous conviendrez avec moi que c’est un vaste domaine
  • un ministre de la bière des loisirs  : Fotso
  • une ministre du sport, férue de cyclisme  : Alexandra aka Lexy
  • un ministre de la santé Laurier
  • un ministre du 8e art, spécialité mangas Annadjib
  • un ministre de la culture spécialité poèmes Guillaume
  • un ministre du panafricanisme Renaud
  • un ministre des transports, globe trotter Roger
  • un ministre de l’environnement Aristides
  • un ministre de la linguistique et des statistiques (c’est quoi ce cumul de postes ?) Fabrice
  • un ministre de la diaspora Benjamin
  • beaucoup de ministres de la communication, délégués à diverses fonctions ce qui crée parfois de la confusion dans le mécanisme de propagande de la république : Didier, Alain Amrah, Dania , Salma, Ulrich , Thierry  sans oublier Guy (avec sa fameuse valise, que je n’ai jamais vu d’ailleurs…lol)
  • beaucoup de ‘sous-marins’ aussi …

Et donc, nos journées sont ponctuées de publications de liens des billets des divers citoyens, du partage de vidéos et d’audios. Parfois des décrets tombent sans qu’il n’y ait eu de conseils des ministres, du seul vouloir du Premier Ministre, à l’insu du plein gré du président. Ce dernier est mis devant le fait accompli…lol

 

Capture d’écran d’un décret Blog’Artlais, Crédit Photo : Bénédicta

De temps à temps, des débats résultant de l’actualité ou de la publication de billets, soulèvent de forts remous dans la république. Ces débats suscitent parfois des velléités de coup d’état. Mais le calme revient très vite grâce à la diplomatie du Premier Ministre, Emile. Et cela finit après avec la promesse d’un casier virtuel de bières (blonde ou brune).

Quel avenir pour la République ?

Il fait bon vivre en République de Blog’Art car on peut y pousser ses coups de gueule comme ses coups de cœur. Blog’Art est aussi une grande famille où les anniversaires sont fêtés en grande pompe. Peut-être que cela n’est qu’une façade ? Aussitôt la nationalité Blog’Artlaise obtenue, on ne peut ni y renoncer ni la quitter sans une dérogation spéciale. Le président vous y ramène sans demander votre avis…lol

Ce petit monde bien que virtuel, n’est pas du tout facile à conduire. Mon président bien-aimé, ne me dira point le contraire. Mais s’étant octroyé ce poste de président de droit, un référendum devrait être organisé pour conforter Ecclesiaste  au poste de président.

Qu’en pensez-vous chers Blog’Artriotes ?

 

 

La lecture : ce sublime vice

Crédit Photo : www.pixabay.com

Pour moi, la lecture est un organe (vital, je peux dire) et bien plus qu’un loisir.  Je ne pourrai passer une journée sans lire, ce serait comme si je m’arrêtais de respirer, ce qui est quasi impossible.
De mes débuts
Ma mère me raconte souvent que j’ai réclamé d’aller à l’école, dès que j’ai su qu’il y avait un lieu tel quel, que je savais écrire avant d’y avoir mis les pieds. De cela, je ne me souviens guère. Mais ce dont je me rappelle, c’était ma manie de me cacher dans les toilettes avec un livre ou un magazine dès que j’ai su déchiffrer les 26 fameuses lettres de l’alphabet. Pour moi, c’était l’endroit idéal où je pouvais me réfugier et savourer les aventures de mes héros.
De la lecture quotidienne de la Bible en images, à la découverte des premiers mots de mon syllabaire « Mamadou et Bineta », en passant par les fameux mes « Premiers », « Deuxième » jusqu’au « Sixième livres de lectures » de l’enseignement du premier degré au Togo, cet univers n’était que pure délice pour moi. Dès l’achat des fournitures scolaires, je réclamais mes livres de lectures pour en dévorer toutes les pages et me familiariser avec tous ces personnages que j’allais côtoyer tout le long de cette année scolaire.
De l’insinuation du vice en moi
Au collège, ma plus grande peur était de rentrer au terme de ma journée sans avoir emprunté un seul livre à la bibliothèque ou auprès de mes amis. J’avais toujours quelque chose sous la main : un magazine, un journal, … il fallait que j’aie coûte que coûte quelque chose à lire sinon j’étais déboussolée. Je n’étais pas une grande fanatique des romans de la collection Harlequin. Je me moquais, d’ailleurs souvent, de mes amies qui en raffolaient. A cette époque, je les trouvais insipides puisque c’étaient souvent la même trame, lol… et puisque je n’avais pas encore d’amoureux à quoi bon gaspiller mon temps et mes méninges à en créer un dans mes rêveries ?
Je préférais consacrer mon temps à lire des romans policiers, d’aventures et autres. C’est à cette époque que j’ai fait la découverte de Danielle Steel, R.L. Stevenson, Guy des Cars, Mary Higgins Clark, Stephen King, Isaïe Bithon Coulibaly, Sam J. Obianim et autres, grâce à mon inscription à la bibliothèque du Centre Culturel Français, haut lieu de la culture, que je fréquentais assidûment.
A l’heure de l’extinction des feux, je m’endormais souvent avec une torche sous ma couverture pour terminer ce que j’avais commencé à lire. Il fallait absolument voir le dénouement du roman entamé.
De nos jours
Avec l’apparition des technologies de l’information, bon nombre ont pensé que les livres (du moins le format papier) allaient disparaître au profit de la télé et de l’internet, à mon avis, ils ont simplement pris une autre forme. Actuellement, une grande possibilité est offerte aux férues de lecture de diversifier leur monde. Les moyens pour y avoir accès sont multiples (téléchargement gratuit, abonnement en ligne, achat,…) ainsi que les supports (les tablettes de lectures, les smartphones, …).
Internet offre un foisonnement d’informations. Pour y avoir accès, il faut lire. Beaucoup de personnes disent qu’ils n’aiment pas lire. Lorsque j’entends cela, j’ai un rire en coin : tous les posts ‘likés’, les informations ‘twittées’, les photos ‘instagrammés’, les ragots ‘whatsappés’ , ne faut-il pas les lire et les comprendre avant de les partager ? Même si ce ne sont que quelques mots, à mon avis c’est de la lecture. Oui de la lecture même si c’est sous un autre aspect plus restreint.
Si la lecture est un vice, pour moi c’est le meilleur et je ne peux m’en passer !

Togo –Environnement : Lomé dans l’eau

Nous ne sommes qu’au début de la mousson ou saison pluvieuse mais certains togolais ont déjà les pieds dans l’eau : l’inondation n’est pas loin.

Ce long week-end de la Pentecôte, était parti pour être un moment de repos et de détente pour plusieurs d’entre nous, avec la descente de l’Esprit Saint pour les chrétiens. Il a été plutôt une descente aux enfers pour nombre de mes concitoyens.

Tout a commencé, très tôt dans la matinée du 03 juin 2017, avec une pluie fine qui s’est peu à peu transformée en vrai déluge. Cette pluie a duré toute la sainte journée : les dernières gouttes touchèrent le sol vers 18 h. C’était suffisant pour transformer certains quartiers de Lomé en lacs et en lagunes, certains carrefours en vrais chemins de croix (bien que Pâques soit passé depuis) pour les usagers. Belote le dimanche, rebelote le lundi matin. Bref, on est en saison pluvieuse…lol

Chaque année, c’est le sempiternel refrain, la même rengaine : les autorités volent à toute vitesse au secours de mes concitoyens en les aidant à expulser les eaux de leurs habitations, en évacuant certains togolais par des canots pneumatiques vers des endroits plus ou moins sûrs, en leur distribuant quelques vivres et non-vivres, et … « à l’année pro », comme dirait quelqu’un.

Il n’y a pas encore de solutions pérennes pour un système viable d’évacuation des eaux (de pluie) au Togo : encore du chemin à faire pour nos gouvernants.

En tout cas, je constate. Que Dieu veille  !

Rue envahie par les eaux de pluie – Akodessewa . Photo : Bénédicta

Au Togo, halte à la surcharge en matière de sécurité routière

Pour nos déplacements, nous usons de divers moyens : trains, avions, bateaux, voitures, motos et autres. A Lomé, la capitale du Togo, nos moyens privilégiés sont la voiture, le bus et la moto  (taxi, taxi-moto ou zémidjan et privés). Depuis quelques années, nous assistons à un phénomène particulièrement récurrent contre lequel l’Etat ne cesse de lutter : la surcharge.

Les faits

Quand je dis « prendre en 43 » ou «  en sandwich », je pense bien que cela ne vous évoque rien. A Lomé, cela signifie :

  • Prendre en 43 : pour une voiture initialement prévue pour 4 personnes voire 5 c’est-à-dire 2 personnes devant et 3 derrière, il n’est pas rare à Lomé de trouver 3 personnes devant et 4 derrière.
  • Prendre en sandwich : pour une moto, prévue pour 2 personnes on peut apercevoir 3 voire 4 personnes dessus.

Ce phénomène de 43, est apparu à Lomé au début des années 2000, lorsque certains quartiers périphériques n’étant pas encore desservis par les routes bitumées ou les pavés, étaient difficiles d’accès. A cause des nids de poule et de la poussière en saison sèche, à cause de la boue et des fondrières en saison pluvieuse, un nombre restreint de taxis s’aventuraient dans ces quartiers.

Il était difficile aux habitants de ces quartiers de trouver un moyen de déplacement approprié. Et lorsqu’on est contraint d’honorer ses engagements professionnels, au lieu de faire la fine bouche, certains sont obligés de se faire sandwicher ou prendre en 43.

La surcharge ne s’adresse malheureusement pas qu’aux personnes. Certains bus et transports en commun font aussi de la surcharge de marchandises.

Les raisons

Intriguée par cette habitude, entre temps disparue et qui est revenue de plus belle, j’ai interrogé un taximan M. Gérard. Il est propriétaire de son taxi et se retrouve sur le trajet Adidogomé (quartier périphérique de Lomé)-Assiganmé[1]. « Avec l’apparition de Sotral[2], nous n’arrivons plus à avoir le bon quota de clients. La hausse fréquente du prix des carburants et le racket incessant des forces de l’ordre nous obligent à adopter cette habitude. » Il ajoute ensuite  « Nous avons aussi des taxes à payer à la mairie et aux syndicats. Tous ces frais sont de véritables manques à gagner. Qu’y pouvons-nous ? », conclue-t-il sur un air dépité.

Les conséquences

Cela rentre peu à peu dans les habitudes, parce que moi-même j’en ai été victime. Pour anecdote : il était un peu tard à la sortie de travail, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver un taxi. Au milieu du trajet, voilà le taximan qui me dit : « Tantie, poussez-vous un peu, je vais prendre ce client. Le monsieur derrière, va descendre tout à l’heure et vous serez bientôt à l’aise ». J’ai fait mes gros yeux et sermonné un peu le chauffeur de taxi. Et le pire, la dame prise en 43, avec moi avait un peu d’embonpoint. Je me suis retrouvée vraiment sandwichée entre le chauffeur et la dame.

D’abord, je n’ai pas pu mettre ma ceinture de sécurité, ensuite le chauffeur avait toutes les peines du monde à passer la vitesse. Et si par protestation, j’étais descendue pour prendre un autre véhicule, il était déjà tard et l’endroit où il fallait descendre n’était pas sécurisant. C’était fort plausible que je ne trouve pas un autre taxi avant une bonne heure. J’ai alors fait contre mauvaise fortune bon cœur. A ma descente du taxi, je ne vous raconte pas les courbatures que j’ai eues. Dans cette situation qu’aurais-je pu faire à votre avis ?

Quelquefois en journée, un taxi avec des passagers en 43, passent devant les policiers qui n’interpellent pas les taximen. C’est de raison, puisque ces policiers jouissent du fruit de cette habitude.

J’en parle avec un peu d’humour, mais les conséquences sont énormes pour la vie des passagers que nous sommes.  Au Togo, selon les sources du Ministère de la Sécurité et de la protection civile ainsi que du Ministère des transports, en 2016 il y a eu sur les routes togolaises : 5393 accidents, dont 6846 blessés et 514 décès. 

Les solutions

Lorsque la campagne obligatoire du port de casque pour les motocyclistes a été lancée en 2014, par l’Etat togolais, beaucoup de mes concitoyens ont protesté. Mais peu à peu cela s’est imposé dans les mœurs. Je pense qu’ils y ont vu après le bien-fondé puisque c’est le devoir de l’Etat de protéger ses filles et fils.

Ainsi une vraie campagne doit être lancée pour véritablement enrayer cette situation c’est-à-dire la surcharge dans les moyens de transport. Cela permettra de finir avec la mise en danger de la vie des usagers. Plus de véhicules pour le transport en commun doivent être également mis à la disposition des citoyens, par l’Etat. Les quartiers périphériques devront être évidemment désenclavés par les voies de transport, pour ne pas obliger les citoyens à mettre leur vie en péril.

 

[1] Assiganmé ou le Grand marché de Lomé, est le terminal de la majorité des transports en commun (privés comme publics) car ce haut lieu du commerce est le centre névralgique de l’économie togolaise.

[2] Sotral : Société des transports de Lomé, bus affrétés par l’Etat pour le transport en commun des personnes à Lomé et en périphérie urbaine.

Mes bons remèdes de grand-mère

A force de côtoyer les personnes âgées (moi-même je ne suis pas vieille hein !) j’ai pu avoir quelques remèdes incontournables que la médecine ne peut pas nous voler et qui sont toujours utiles. Allons donc à leur découverte !

  • Contre la toux

Ce remède est mon préféré : il faut du jus d’un citron et demi, une cuillerée à soupe de miel, trois clous de girofle (nom scientifique : Syzygium aromaticum) réduit en poudre, un peu de gingembre écrasé, ou coupé en très petits morceaux ou en lamelles (quantité à prendre selon votre goût). Vous mélangez le tout, puis ajoutez un verre d’eau chaude. Vous passez ce mélange à la passoire chinoise. Et voilà, votre breuvage est prêt ! A boire à volonté. Vous verrez une nette amélioration au bout de quelques heures.

Boisson médicinale / Crédit photo : www.pixabay.com

Mâcher quelques feuilles de bourrache (appelé communément Esroun, au sud du Togo – nom scientifique : Borago officinalis) ou en faire une tisane. C’est aussi un très bon antibiotique. Au Togo, après l’accouchement,  la première sauce que la famille prépare avec affection pour calmer les douleurs est à base de feuilles de bourrache et/ou de pâte d’arachide (beurre de cacahuète).

  • Contre les ballonnements

Parfois après un repas trop gras, on souffre de ballonnements à l’estomac et on est mal à l’aise. Un seul conseil : une ½ cuillerée à café de poudre de noix de muscade (nom scientifique : Myristica fragrans) dans un demi-verre d’eau chaude. Et vous verrez votre mal disparaître comme par enchantement.

  • Contre les maux d’oreille

Vous avez de l’huile de palmiste chez vous ? Oui de l’huile de palmiste (appelée némi en langue Ewe du sud du Togo) pas de l’huile de palme. C’est l’huile extraite des amandes obtenues après avoir cassé les noix de palme. Elle est aussi efficace contre les maux d’oreille que pour faire sortir tout corps étranger des oreilles. Deux gouttes dans chaque oreille, suffiront. (Cette huile est aussi conseillée pour les cheveux secs).

Assortiment de plantes médicinales / Crédit photo : www.pixabay.com
  • Contre les piqûres d’insecte

Lorsque vous êtes piqué par un insecte (fourmi, guêpe, abeille…), passez une rondelle d’oignon rouge sur la piqûre. Cela atténuera sensiblement votre mal.

  • Contre les petits bobos

C’est toujours utile d’avoir du beurre de karité (Nom scientifique : Vitellaria paradoxa gaertner)  sous la main.  Lorsque vous vous cognez à un meuble ou je ne sais pas quoi, vous prenez une noix de ce beurre et vous vous massez avec. Le beurre de karité à mille et une vertus que je ne saurai vous étaler ici. Très utilisé en cosmétique et en pâtisserie.

  • Contre les cicatrices

Il est de ces cicatrices, têtues et que l’on croit indélébiles. Et bien j’ai découvert récemment un remède. Si vous avez de l’aloè vera chez vous, coupez une branche, lavez-la proprement, extrayez-en le gel et passez-la sur la cicatrice, pendant une à deux semaines. Vous verrez ces effets au bout de quelques jours.

Et vous, quelles sont vos bons remèdes de grand-mère, que vous affectionnez particulièrement ?

** Attention : Ce billet n’a pas pour objectif de remplacer les prescriptions de votre médecin.

Black is no more beautiful

La dépigmentation, aaah ce phénomène qui fait toujours autant de victimes « consentantes » !!! Hier soir, en relisant certains de mes posts sur  Facebook, je suis retombée sur cette photo de Khoudia Diop. Je me suis juste exclamée : « ça c’est une beauté » ! Avec un teint noir frisant le bleu moiré (je ne sais plus quel adjectif de couleur utiliser…lol).

Mannequin sénégalais Khoudia Diop – Image : Compte Instagram : melaniin.goddess

Pourtant ce beau teint noir, n’est plus du goût de certains de mes chers frères et sœurs africains. Le slogan « Black is beautiful » est certainement passé de mode. Les africains sont devenus partisans de l’hydroquinone et ont tous été contaminés par la «gluthationite », qui est devenue même aigüe chez certains.

Nous sommes envahis par ces panneaux publicitaires qui nous polluent la vue et qui font l’apanage du teint clair, du teint chocolat, du teint crémeux avec ces produits qui sont des ‘’copines avérées’’ du cancer de la peau. Il y a même ce célèbre magazine féminin (dont je tais ici le nom…), qui fait une grande promotion de la culture africaine mais qui ne s’empêche pas de faire la publicité sur toutes ses pages de droite, de toutes les gammes impossibles et inimaginables des produits éclaircissants. Il faut bien vivre du fruit de son travail, quitte à jeter ses convictions aux orties !!

Certaines pourront dire, que je suis jalouse, point n’est besoin, je jouis d’un teint chocolat (lol…) qui est sujet à toutes sortes de bouleversements au moindre changement (chaleur, stress, allergies, hormones,..) qui me le fait parfois regretter. Parce que certaines cicatrices et autres problèmes dermatologiques ne sont guère visibles sur une peau de couleur noir, je parle du vrai noir quoi, le noir ébène. Cette peau noire dont le célèbre académicien Léopold Sédar Senghor, d’origine sénégalaise en fait ici l’apologie dans son poème Femme noire.

En parlant même du Sénégal, ces belles femmes dont le teint noir faisait jadis des envieuses, elles-mêmes ont été séduites désormais par l’appel de la « sirène de la dépigmentation », le Xhessal – pratique qui consiste à se blanchir artificiellement  la peau – (« Ko N’ti »(1) ou « Si ami »(2) au Togo)!!! Cette pratique est à dénoncer fortement. Ce billet, c’est juste un coup de gueule quand je vois le désastre que cause cette pratique sur les africains dont je suis la sœur par cette peau que nous avons en commun. Mais il y a aussi des « stars » qui sont férues de cette pratique. Mickael Jackson qui a toujours nié l’avoir fait et évoquait plutôt une maladie : le vitiligo, Koffi Olomidé, le président congolais Denis Sassou N’Guesso, Beyonce, Rihanna, des actrices de Nollywood, des chanteuses africaines, des présentatrices télé, la liste est longue…

CC : 3w.jewanda-magazine.com
Mannequin camerounais Irene Major – Image : www.jewanda-magazine.com

Des jeunes filles lambda, qui du jour au lendemain sont passées d’un teint noir chocolat à un jaune bistré. Leur mère ne les auraient même pas reconnues, tant elles ressemblaient désormais à des asiatiques. Je me rappelle une voisine qui a tellement abusé de la pratique que les enfants du quartier l’ont surnommée « Fanta-Coca Cola » et qui du fait des moqueries a finalement déménagé pour éviter tous ces affronts quotidiens.

Je pense que tout cela résulte d’un fort lavage psychologique où dès l’enfance, on nous inculque que tout ce qui noir est diabolique, que n’iront au paradis que ceux qui ont des accointances avec la race blanche. Même Jésus est blanc !!! Et alors de quoi se plaint-on ???

Je ne vais même pas m’attarder à donner des conseils aux adeptes et abonnés de cette pratique. Toutes les personnes qui s’y adonnent sont (des adultes) consentantes, majeures et vaccinées, au fait de toutes les conséquences. En fin de compte, elles n’auront que leurs yeux pour pleurer, car comme on fait son lit on y dort. Mais le constat amer fait est que : Black is no more beautiful !!!

[1] Ko n’ti : se décaper la peau

[2] Si ami : se mettre de la pommade sous-entendue éclaircissante

Les lunatiques sont aussi des hommes

Il y’a quelques jours, en rentrant de mon travail, après une journée éreintante et accablée par la chaleur de ces dernières heures, j’étais presque dans un état second. Mais je fus soudain, réveillée par un spectacle déconcertant : un lunatique[i] qui passait son chemin, exposant à la vue de tous, ses bijoux de famille. Ce n’était évidemment pas le premier que mes yeux croisaient, de toute ma vie de trentenaire.

Ce qui faisait l’objet de mon choc et de mon inanition, ce lunatique avait un air de famille et il portait une belle chemise carrelée de couleur bleue. La chemise était propre, très propre pour son état. Cela prouve à tout point de vue que c’était un récent locataire des rues de Lomé. Il avait une apparence physique assez robuste, était peut-être dans la quarantaine.

Crédit Photo : Pixabay.com

En une fraction de secondes, quantité de questions se sont entrechoquées dans ma cervelle : cet homme c’était sûrement un mari, un frère, un père, un ami, un ex-collègue de travail… Où pouvait-être sa famille ? Que s’est-il passé pour qu’il en arrive là ?

Une de mes connaissances, à l’imagination assez fertile, ne cesse de me rebattre les oreilles avec sa thèse du « complot » : tous les  lunatiques de Lomé n’en sont pas de vrais. Certains font partie d’un large réseau d’espionnage à la solde de l’agence étatique des renseignements. Ils infiltrent la population pour tester son pouls et être au fait de tout. Pour un pays en mal de probité moral, rien n’est à écarter. Mais passons…

Dans nos sociétés africaines, en l’occurrence à Lomé, d’après les renseignements glanés de-ci de-là, je me rends compte que les lunatiques ne bénéficient d’aucune prise en charge particulière. Ils sont délaissés par leur famille et par l’Etat dont ils sont quand même les pupilles. La preuve : il n’y a qu’un seul hôpital psychiatrique (Hôpital Psychiatrique de Zébé), sur tout le territoire togolais . Ces personnes qui sont des citoyens particuliers sont livrées à eux-mêmes jusqu’à ce que mort s’en suive. Elles sont parfois victimes de crimes rituels, souvent d’accident de la circulation ou de mort naturelle. C’est au terme de ce parcours chaotique que l’Etat par le biais des services sociaux, s’occupe au moins de leur offrir une sépulture en les enterrant sans tambour ni trompette.

Avec la crise socio-politique qui frappe de plein fouet, notre quotidien, la société est victime d’une « rigidité cadavérique » qui attaque non seulement notre corps mais aussi notre intellect, notre moi profond… Nous sommes devenus apathiques, insensibles, embarqués dans notre train-train à la recherche de notre pitance. Tel des zombies sociaux, chacun cherche à se frayer un chemin vers une lumière blafarde. Une illusion de vie, un semblant de prise de tête avec nos vicissitudes. Engoncés dans notre nombrilisme offusquant, peu d’entre nous peuvent encore faire montre de résilience. Nous sommes devenus plus narcissiques que tout, l’autre au lieu d’être un miroir s’est transformé en vitre : nous le regardons sans le voir.

L’Homme n’a plus de valeur à nos yeux.

[i] Lunatique : je vous épargne le terme  « fou » qui ne me semble pas approprié et préfère ce mot qui est plus un anglicisme.

Le meunier, le zémidjan et la barmaid

 A l’approche de la Saint Valentin, les couples élaborent des projets pour passer de tendres moments. Pour une partie, ces projets se concrétisent par des moments idylliques ; pour d’autres, cela tourne à la construction de châteaux en Espagne.

Jacques, était un joli garçon, avec son teint clair à la « Ibo ». Ce teint obtenu à partir de produits d’origine douteuse, faisait tomber en pâmoison toutes les « gos » du quartier. Il voulait qu’on l’appelle Jack (prononcer à l’anglaise Djack, comme la mâchoire d’un crocodile sur sa proie : Tchak !!), pas Jack l’éventreur, mais Jack le serial-dragueur. Car dragueur, c’était sa deuxième vie. Son vrai métier : meunier en second, dans le moulin de son grand-frère.

Ce poste « avant-gardiste » lui a permis d’établir une solide réputation auprès des dames du quartier. Toutes celles qui venaient moudre leurs grains auprès de lui. Mais pas que : il était aussi le chouchou des vendeuses de boissons locales (tchoukoutou, liha[1]…) et de bouillies, à cinq kilomètres à la ronde autour de son moulin. Un vrai sniper, et des victimes, il en avait déjà fait.

Sa technique : veiller à ce qu’aucune partie de la farine de ses clientes ne se perde dans ce que l’on appelait communément « Motégomewo[2] ». Ce produit, était l’or blanc des apprentis meuniers qui le vendaient à l’insu (du plein gré) de leur patron, aux familles démunies ou aux propriétaires d’animaux domestiques. Ce qui  permettait à ses sous-meuniers de se faire un peu de pécule. Vous penseriez que Jack était stupide. Mal vous en prendra !!! Sa « redevance » : à n’importe quel moment de la journée, il bénéficiait des largesses de ses clientes. Ces dernières pour le remercier de prendre si grand soin de leur farine lui amenaient de la bouillie, de la pâte de céréales avec de bonnes sauces ou de la boisson.

Malgré tout ce défilé de femmes et de jeunes filles, Jack n’avait d’yeux que pour une seule :  Eyram. Il avait sur elle, des visées expansionnistes, un grand désir de découverte des terres inexplorées. L’ayant su,  Eyram, jeune damoiselle  au postérieur rebondi, aimait jouer au chat et à la souris avec Jack.  Jack le chasseur, à qui aucune proie n’échappe. Le plan échafaudé par Jack, pour achever le gibier devrait être exécuté, ce 14 février.

Eyram, barmaid, vivait dans une chambre de location avec sa sœur. Mais ce que Jack ne savait pas, Eyram faisait déjà les yeux doux au fils du propriétaire de la maison (de location) Etienne, alias Fo Ti, zémidjan de profession, la trentaine et bien baraqué. Elle jouait sur les deux tableaux. Elle savait qu’à coup sûr, l’un des deux appâts mordrait, mais son préféré était Fo Ti. Jack ne serait là que pour arrondir les bords et les fins de mois.  Pour ajouter du sel à sa sauce, elle avait concocté un plan quasi-machiavélique sur les conseils de ses comparses de travail.

Source :
Crédit : www.apprenti-musulman.fr

Le soir, du 14 février arriva donc : effrontée qu’elle était et usant de tout son charme, elle réussit à entraîner ses deux amoureux dans le même bar, celui où elle servait.  L’endroit était bondé, elle les installa à des tables assez éloignées.  Eyram faisait de tout de son mieux pour les servir : ce soir elle avait le don d’ubiquité.

Les deux amoureux, patientaient et se disaient  chacun dans son coin, qu’au terme de son service, Eyram rentrerait avec lui. La dulcinée avait déjà fait son choix.  Elle allait mettre son plan machiavélique à exécution : mettre une dose de soporifique dans la boisson de Jack et passer la soirée avec Fo Ti. Malheureusement pour elle, c’était sans compter sur Dame Chance qui était du côté de Jack.

Le verre drogué fut bien servi et Eyram, sûre de son coup quitta Jack pour servir d’autres tables. Au moment où Jack allait boire son verre, un client trop pressé le heurta. Le contenu du verre se renversa. Alléluia, Dieu prend toujours soin des siens !!!! Il s’occupa juste à remplir de nouveau son verre et dégusta sa bière.

De temps en temps, Eyram venait jeter un coup d’œil pour voir si le produit dont on lui avait tant vanté les mérites faisait son effet.  Elle constata malgré elle, que Jack était toujours « kankpé[3] ». Malheureusement pour elle ou heureusement pour Jack, elle n’avait plus de dose de secours.

L’heure de fermeture du bar, approchait et elle devait honorer ses engagements. Elle commençait sérieusement à se faire du mouron.

Fo Ti, quand à lui rongeait son frein (ou autre chose…) et se faisait déjà un film sur la soirée paradisiaque qu’il allait passer dans son lit avec Eyram. Il se leva donc pour voir où en était sa Valentine lorsqu’il la vit en pleine altercation avec un client. Il s’approcha et demanda la cause de la dispute.

  • Monsieur, veuillez ne pas vous en mêler, c’est une dispute entre amoureux, lui répondit Jack. C’est ma copine, elle a presque fini son service et elle refuse qu’on rentre ensemble.

Le temps qu’Eyram réponde, Fo Ti, s’enflamma :

  • Quoi ? Qu’est-ce que j’entends là ? Votre copine, excusez-moi mon jeune homme, vous vous trompez sûrement. Eyram, explique-lui…

Eyram commença par bégayer :

  • Bébé, c’est que… euh… c’est le euh….

Elle n’eut pas le temps de finir, Fo Ti lui administra une gifle magistrale : Kpan !!! Les yeux de Eyram, faillirent lui sortir de ses orbites. Jack, qui voyait son fruit défendue, altéré, saisit sa bouteille de bière et la cassa sur la tête de Fo Ti.   Des clients qui voulurent intervenir en eurent pour leur compte. S’en suivit une empoignade générale, digne des films de gangsters.

Le propriétaire du bar fut obligé d’appeler la police, quand il vit ses installations, fruit d’années de labeur fondre comme glace au soleil : les chaises et les tables en plastiques qui volaient au-dessus de la tête des clients tel des drones, des verres et des bouteilles cassés, utilisés comme arme blanche.

Fut embarqué au poste de commissariat le plus proche : les amoureux transis, la jeune fille écervelée et ceux qui se mêlèrent de près ou de loin à la rixe. Cette soirée de la Saint Valentin, qui avait si bien commencé et augurait tant de bonnes choses s’acheva malheureusement derrière les verrous.

« Ô femme que ne feraient les hommes pour te plaire » Anonyme.

 

[1] Tchoukoutou, liha : boissons obtenues à partir de céréales fermentées ou germées

[2] Motégomewo : farine de basse qualité, provenant des restes ramassés de part et d’autre du moulin

[3] Kankpé : bien en forme, droit sur ses pieds

Petits bouts de rien qui font toutes nos vies !