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Son homme !

Elle lut la notification du nouveau message reçu par son homme. On pouvait y lire : « c’était très bon, tout à l’heure. Merci pour ce délicieux moment ».
Non, non et non !! Ça c’était la goutte d’eau qui allait faire déborder le vase. Pascal ne pouvait se permettre cette ignominie envers moi. Moi, Caroline, l’héritière du seul et unique M. Gator. Moi qui l’ai sorti du ruisseau, l’ai façonné, lui ai ouvert toutes les portes de la bourgeoisie locale. Je vais lui rappeler aujourd’hui ses origines.
– Pascal ! Pascaaal !
Caroline ouvrit, avec fracas, la porte en bois immense de la salle de bain, taillée dans du mélèze, importé du Japon. Un bois pas du tout commun dans le pays.
Après une dure journée de travail, Pascal comme de coutume se prélassait dans son bain aux effluves de lavande et de musc boisé avant de prendre son dîner en compagnie de Caroline. Cela faisait déjà quelques années qu’ils étaient mariés avec deux mignons enfants : Anne-Sophie, 7 ans et Marc-Emmanuel 8 ans.
Elle était tombée sous le charme de ce bel homme, travailleur acharné et intelligent mais pauvre. Et comme tous les jouets que son père avait l’habitude de lui offrir, Caroline avait tout fait pour se marier à Pascal. Ils s’étaient rencontrés au dîner de bienfaisance et de charité que son père organisait chaque année pour récompenser les meilleurs étudiants de l’Université du Pacifique dont il était le parrain.

Crédit photo : Pixabay

Pascal, avait accompagné ce soir-là, un de ses amis, avec qui il avait l’habitude de jouer au basket dans l’équipe locale et qui était étudiant à ladite Université. Lui, parce que ses parents n’avaient pas les moyens, avait plutôt suivi une formation en électronique et jonglait entre plusieurs boulots. Tombée sous son charme, Caroline a tout fait pour que son père l’engage dans un de ses magasins de vente de matériels informatiques. Pascal a vite rattrapé les marches en mettant à profit ces opportunités à travers des cours en ligne.

Après quelques années, Pascal s’est vu offrir un poste de directeur au sein de l’une des entreprises de M. Gator.
– Je sais que je suis jalouse et je lui mène une vie d’enfer mais il n’a pas le droit de me trahir, il est à moi. Je l’aime trop. Je ne peux vivre sans lui. Jamais, il ne me quittera.
Caroline l’avait déjà prévenu à maintes reprises, si jamais il avait l’audace de la trahir, c’est dans un cercueil, six pieds sous terre qu’il se retrouverait.
Surpris par le bruit assourdissant de la porte, Pascal, sursauta dans la baignoire en marbre de Carare.
– Mais chérie ! Que se passe-t-il encore ?
– Je t’ai toujours dit que le jour où tu oserais me quitter, ce serait les pieds devant. Je viens de voir le message de ta maîtresse.
– Laquelle ? Qu’est-ce que tu racontes chérie ?
– Ne joue pas au mariole avec moi !
Caroline avait le téléphone dans la main gauche et un pistolet bien chargé dans la droite, qu’elle cachait derrière elle.
– Je vais te tuer, Pascal, je vais te tuer !
Il sortit de la baignoire pour attraper son costume de bain. Avant même qu’il n’eut le temps de saisir son vêtement, Caroline pointa l’arme sur lui. Au fait de la surprise, Pascal resta la bouche ouverte. Il reçut deux balles dans la poitrine.
Caroline pratiquait depuis des années le tir sportif de vitesse ou handgun. Elle ne pouvait rater son mari. Pascal s’effondra. Une autre notification apparut sur l’écran : « Désolée, je me suis trompée de numéro. Le message précédent n’était pas pour vous. Bonne soirée ! »
Effectivement, malgré toutes les apparences, Pascal était un homme fidèle et bon père de famille. Un immense cri retentit dans la maison.

NB : Ce billet est une réponse au challenge lancé par le blogueur Aphtal.

Quand mariage rime avec mirage

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Crédit photo: pixabay.com

Je semblais tomber des nues : j’ai reçu ce matin, mon acte de divorce qui clôt définitivement cette longue période haineuse, haletante, stressante de cette procédure.

Alors les images du bonheur passé défilent tel un mauvais kaléidoscope. On se rappelle, les premiers émois qu’on avait aux premiers rendez-vous, les espoirs fondés sur cette nouvelle relation, nourris par toutes ces douces promesses.

Nous nous connaissions depuis le collège, presque voisins ; nous avons traversé de tendres moments, des périodes difficiles, essuyé des coups durs. Mais nous avons résisté à tout cela.

Je n’ai vraiment pas compris, quand la machine bien huilée de notre relation n’a plus fonctionnée. Après nos études universitaires, nous avions décidé de nous fiancer : lui avait décroché, un poste de juriste dans un cabinet d’avocat ; moi, un poste d’attachée commerciale dans une société de consignation maritime.

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Crédit photo: pixabay.com

Tout allait si bien, après nos fiançailles, je tombai enceinte et mis au monde une jolie fille (j’étais sa mère, elle ne pouvait qu’être jolie,…) : nous l’appelâmes Hope : espoir car l’espoir fait vivre tant qu’on avait le souffle de vie. Deux ans plus tard, nous lui donnions un petit frère, Peter, comme la pierre, sur laquelle, nous avions construit notre couple, en tout cas ce que je pensais en ce moment : la confiance.

Lui, commençait à avoir plus de responsabilités dans son cabinet, et moi je fus nommée, chef de service après 5 années à mon poste ? Que pouvions-nous attendre de plus de la vie ? Nos enfant grandissaient dans le bonheur et nous avec.

Mais peu à peu, une distance commençait à se créer : au gré des missions qu’il effectuait à l’étranger. Je le sentais de plus en plus fatigué, irascible parfois, moins câlin, moins tendre. Je mettais tout cela sur le compte du stress au travail. Nous participions alors à des séances de massage thaï, des discussions chez le psychologue, mais rien n’y fit. La situation allait en crescendo, de moins en moins présent à la maison, de plus en plus éloigné de moi. C’était le début de la « douce glissade » vers l’horreur.

Un soir où j’attendais une collègue pour prendre un verre après une journée harassante, dans un petit café de la ville, je le vis en bonne compagnie. Je faillis m’étouffer avec mon verre, que je bus de travers. Lui qui était supposé être en mission depuis 3 jours à l’extérieur du pays. Je gardai tout mon sang froid et fit comme si de rien n’était.

J’attendis patiemment, et coup du sort ma collègue, une adepte de « l’heure africaine », ne vint pas. Elle m’envoya un message pour s’excuser. Je pris mon temps pour espionner, le couple clandestin. Une heure,  après, ils s’engouffrèrent dans sa voiture. Me voici en train de jouer à Emma Peel[i], je les suivis à deux voitures près, jusque dans une résidence hôtelière située dans la banlieue de la ville.

J’attendis un instant dans la voiture avant d’aller me renseigner à la réception : le couple en question avait ses habitudes ici, et lui était supposé être en mission avec celle qu’il présentait comme son épouse.

Je ne sais d’où me vint ce courage, je rentrai à la maison. Les enfants étaient déjà couchés, grâce à ma servante qui s’occupait tellement bien d’eux.

Je pris une douche et me couchai, ne sachant que faire : le lit était devenu brûlant malgré la fraîcheur distillée par la climatisation.

Je me levai assez tôt, fit déjeuner les enfants et allai au travail comme si de rien n’était. Je n’arrivais pas à me concentrer. J’appelai alors le cabinet, la réceptionniste, très étonnée me répondit qu’il avait pris un congé d’une semaine. Je fis semblant en détournant la conversation. Je raccrochai.

Ma collègue à « l’heure africaine », passa me voir pour demander comment j’allais. C’est en fin de journée, envahie par le remords qu’elle m’avoua être au courant de cette liaison qui durait depuis un moment déjà. Sa sœur travaillait dans ledit café et le couple clandestin y passait souvent ses soirées.

Je ne savais  si je devais la remercier ou pas, de m’avoir ouvert les yeux.

J’attendis jusqu’à son retour de  « mission » pour lui demander des comptes. Il ne nia même pas, évoqua des raisons fallacieuses je tentai une séance d’explication, de dialogue, de discussions. Mais il ne fit aucun effort pour saisir la perche tendue. Je compris finalement que c’était prémédité.

Je n’ai jamais compris les vraies raisons de notre séparation. Dès le lendemain, il ramassa toutes ses affaires et alla s’installer à l’autre bout de la ville avec sa nouvelle compagne. Je réadaptai ma vie en fonction : amener les enfants à l’école et à leurs activités extra scolaires, limiter mes sorties pour passer le plus de temps avec eux et compenser l’absence du père. Il ne s’opposa pas à la garde des enfants. Il continuerait à payer les factures et autres charges dont il s’était toujours occupées.

Nous avions décidé d’un divorce avec consentement mutuel, pour éviter l’interminable chapelet des tentatives de conciliation. Mais malgré tout, la haine, l’incompréhension, le stress et la méfiance s’installent.

On se pose mille et une questions : où ai-je pu fauter, qu’est-ce qui n’a pas marché ? Des questions qui demeurent toujours sans réponse. L’image que je me fais de cette relation : dans le mariage, vous êtes deux funambules sur une corde raide avec un bandeau sur les yeux, au-dessus du Niagara, à la merci du vent et des autres aléas climatiques. Mais vous faites confiance à votre partenaire, pour vous conduire à bon port. Soudain, au beau milieu vous ne sentez plus sa présence. Qu’est-ce que vous faites ? Vous arrachez votre bandeau et vous vous retrouvez seule… retourner sur vos pas ou continuer ? Vous choisissez de continuer pour vous mais aussi pour vos enfants (dont vous avez la responsabilité) issus de ce mariage, non plutôt de ce mirage.

Aux dernières nouvelles, il a convolé en justes noces avec sa nouvelle compagne. Que pouvais-je lui souhaiter ? Quant à moi, une nouvelle page s’ouvre et je dois la remplir non plus de souvenirs, mais de beaucoup d’espoirs et de rêves.

[i] Emma Peel : héroïne et partenaire de John Steed, dans la fameuse série Chapeau Melon et Bottes de cuir